Planting a vineyard in Prince Edward County in 1999

Pionniers en matière de vins

Comme toutes les bonnes histoires sur le vin du comté de Prince Edward, la nôtre commence avec un brin de folie.

En 1995, Richard Johnston (ancien député du NPD dans la circonscription de Scarborough Ouest et ancien président du Collège Centennial ayant occupé tellement de fonctions qu’il serait trop long de les énumérer ici) accepte un emploi auprès des Mohawks de Tyendinaga. Son épouse, Vida Zalnieriunas, alors psychothérapeute, insiste pour qu’ils s’installent dans le comté : elle tient mordicus à vivre à la campagne, près de cours d’eau, de paysages bucoliques et d’artistes.

Ils achètent donc une ferme vieille de 200 ans, qui compte 4 granges ainsi qu’un bâtiment en briques rouges des plus charmants appelé « La cidrerie », dont la construction remonte à 1850, époque à laquelle on trouvait des vergers en abondance.

Lors d’une promenade par un jour gris de novembre dans leur nouveau domaine, Richard et Vida s’arrêtent pour contempler le champ de maïs derrière la cidrerie, qui revêt une importance particulière à leurs yeux : c’est précisément à cet endroit que leurs enfants (nés dans la ville) avaient pris plaisir à se perdre dans les denses rangées d’épis, lors du fameux jour d’été où ils y ont rencontré l’agent immobilier Chuck Slik (un nom qui ne s’invente pas : en anglais, l’adjectif slick désigne une personne qui a plus d’un tour dans son sac!) qui leur a vendu la propriété ce jour-là! Mais au moment de leur promenade, il ne restait plus du champ que 6 acres de chaume…

Alors Richard, inspiré par ses beaux souvenirs de marches prises dans des vignobles pierreux en France, et sans doute aussi par son amour du vin, s’écrie : « Je crois qu’on pourrait planter des vignes ici! » (Même une psychothérapeute peut avoir du mal à maîtriser un déséquilibré…)

Ce à quoi répondit son épouse : « Es-tu fou? » – question logique pour Vida lorsqu’on songe à sa formation. « As-tu la moindre idée du travail énorme qu’un tel projet nécessiterait? » (Richard pouvait assurément mettre en œuvre des politiques sociales, mais qu’est-ce que cet homme qui travaille à l’Assemblée législative de l’Ontario connaît à la viticulture? Le Comté est une région qui n’a jamais fait l’objet d’essais vinicoles, après tout!)

Peu importe : au bout de 3 ans de lobbying acharné, Richard obtient (enfin – et avec grand mal!) un soutien à l’acquisition de 3 000 vignes de riesling, en se disant (fin renard qu’il est!) : « Aussi bien faire les choses en grand! »

Le printemps de 1999 jouit d’un climat exceptionnel…. sauf le 7 mai, jour où 30 membres de la famille et amis doivent planter des vignes à la main sur un espace aussi grand qu’un terrain de football. Ils ont beau être vêtus d’un imperméable jaune éclatant, c’est à peine si on les voit à travers la brume et la bruine froide. Ces novices ont la nette impression de revivre l’époque de leurs ancêtres : à genoux dans la bouette, à creuser des trous en ayant mal au dos, dans des rangées de terre qui s’étendent à perte de vue comme un cauchemar qui n’en finit plus.

Planting a vineyard in Prince Edward County in 1999

Antanas Sileika, « creuseur de trous » (et auteur) se plait à discourir sur l’allure des vignobles. Peut-être aurait-il dû se porter bénévole pour planter, disons, des pommes de terre? Sinon, il fredonne le thème des Bateliers de la Volga. Vida, qui plante les vignes, prend la pause pour une photo et se fait dire : « Euh… t’as de la terre sur une dent! » Et Ross McClelland (député du NPD dans la circonscription de Bellwoods), misérable de la tête aux pieds, en aura probablement pour des années à raconter cette histoire édifiante lors de soupers dans le milieu politique.

En début d’après-midi, l’absurdité de la situation (« Amusons-nous à planter un vignoble! ») commence à peser lourd sur les épaules. On ne voit que des centaines de vignes retirées de leur entreposage au frais et qui baignent dans une mare aux couleurs vives, des bacs et des seaux qui attendent encore d’être soigneusement enfouis dans le sol, à 4 pi d’intervalle, en rangées droites comme un « i ». (À vrai dire, la plupart des bénévoles devaient témoigner d’une foi aveugle envers ces bâtons grisâtres de 8 po de longueur aux racines poilues et aux extrémités blanches, coupées et cirées, pour croire qu’il s’agissait véritablement de ceps de vigne!) Malgré tout, le groupe lié par un pacte de silence continue de travailler d’arrache-pied… en affichant une triste mine.

 

Le désespoir finit par inspirer l’agriculteur local Gary Parks qui, comme bien des agriculteurs, passe la majeure partie de ses journées bien au-dessus du niveau du sol, au frais dans la cabine climatisée de son tracteur qui coûte aussi cher qu’une petite maison. (Il faut croire que le fait de s’agenouiller dans la terre ravive des souvenirs!) Il se précipite chez lui et revient muni d’une antiquité : la charrue à sillons de son père (ou de son arrière-grand-père?) accrochée à l’arrière de son tracteur Massey Ferguson. Derrière lui, marchant en tenant les poignées de la charrue pour tracer de profonds sillons dans la terre, se trouve Dave Mather, qui a l’air tout droit sorti d’une vieille image gravée dans le bois.

L’initiative suscite une clameur joyeuse. Les gens ont tôt fait de se débarrasser de leur pelle, et accélèrent la cadence de la plantation. À la fin de la journée, ils embrassent du regard le fruit de leur labeur… qui ressemble étrangement à trois acres plantés d’os de cuisses de poulet.

Sans le savoir, ils venaient de vivre une étape charnière de l’histoire du Comté en tant que future région viticole. Ces rieslings allaient produire le tout premier vin fin issu de cépage traditionnel et vendu dans le Comté!

Ailleurs dans le Comté, d’autres pionniers s’affairaient eux aussi, mine de rien, à planter des vitis vinifera (les variétés de vignes européennes réputées pour produire des vins fins traditionnels – mais malheureusement pas pour leur résistance aux rigoureux froids canadiens) ou des variétés moins risquées pour notre climat (plus résistantes, mais qui produisent un vin moins raffiné). Ces rêveurs travaillaient tellement en synchronisme qu’à la fin des années 1990, plus de 10 acres de vignes faisaient l’objet d’une surveillance attentive en raison des espoirs qu’elles suscitaient dans le comté de Prince Edward.

Ces jeunes vignobles ont rapidement généré un tel bruit que bien avant que leur viabilité à long terme soit reconnue, un véritable boom du vin est apparu. Du jour au lendemain, des « terres à vignoble » étaient à vendre, et des pionniers nouveau genre venaient s’installer dans le Comté.

En 2002, le Comté comportait 300 acres de vignes et leurs propriétaires apprenaient rapidement à adapter les pratiques viticoles au climat rude des lieux, surtout en enfouissant les tiges de leurs vignes pour survivre à l’hiver. Aujourd’hui, le Comté peut se vanter d’avoir plus de 40 vignobles, de nouveaux restaurants conviviaux, des producteurs d’aliments aux méthodes artisanales de toutes sortes, un nombre grandissant de cultivateurs qui pratiquent l‘agriculture biologique et une industrie de location de lieux de vacances en plein essor.

Certains disent que le comté de Prince Edward est enfin arrivé, mais la plupart d’entre nous savons qu’il a toujours été ici.

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